
par Evan Lorentz Concepteur de jeu chez Decipher
Traduction de Patrice Becquet
Bienvenue dans ce deuxième volet des séries d’articles introduisant les nouvelles règles de Ombres. Le sujet d’aujourd’hui est la résistance.
Reflections était en fait le premier aperçu de nos plans pour la résistance, avec le signe de la résistance à l’anneau sur les porteurs d’anneau remplaçants. Des signes de résistance sont apparus dès lors dans les lots de cartes Weta de l’été 2004, sur Ghân-buri-Ghân, Anárion, et Erkenbrand. Mais qu’est-ce que tout cela signifie au juste ?
A partir de Ombres, chaque compagnon (pas seulement les porteurs de l’anneau) va avoir une valeur de résistance. Les points fardeaux vont devenir un poids, non plus seulement pour le Porteur de l’Anneau, mais pour toute la compagnie. Chaque point fardeau sur votre Porteur réduit la résistance de chaque membre de la compagnie de 1.
La corruption de votre porteur d’anneau continue de fonctionner pour l’essentiel selon le même principe. Vous avez coutume d’additionner les points fardeaux jusqu’à atteindre la résistance de votre Porteur. Désormais, à l’inverse vous allez les décompter jusqu’à zéro. Quand votre porteur atteint une résistance zéro, il est corrompu. Bien que la résistance et la menace des points fardeaux soient pour tout le monde, la corruption demeure uniquement pour le porteur – il n’y a aucune pénalité si la résistance de l’un de vos autres compagnons est réduite à zéro.
Bien, mais alors à quoi cela sert-il ? Regardez cet individu :


Vous vous souvenez sans doute de Gandalf, Le Guide de la Compagnie, présenté dans mon précédent article concernant le nouveau chemin de l’aventure. Il a une résistance de 7. Quand il y a 3 points fardeaux sur votre porteur de l’anneau, cette résistance descend à 4, et soudain la compétence supplémentaire d’archerie de cet Archer de l’Harad entre en jeu. Evidemment, si un membre de votre compagnie a dès le départ une résistance inférieure, vous pourriez bien rencontrer ce genre de risque encore plus tôt.
Par ailleurs, je dois aussi vous dire que cette carte fait partie des trois nouvelles cultures de séides ajoutées au jeu dans Ombres : Homme, Orc et Ourouk-Haï. Cette carte provient de la culture des Hommes. Tout ce que vous connaissez déjà sur les cultures s’applique à ces nouvelles-ci. Autrement dit, quand le texte de jeu fait référence à une race – en disant « un Orc » – ce texte fonctionnent avec tout membre correspondant à cette nouvelle culture Orc, exactement comme les cartes des cultures déjà existantes, Moria, Isengard, Sauron ou Spectre.
Non, ce n’est pas une coquille … j’ai bien dit Spectre. La culture bien connue des Spectres de l’Anneau va prendre une nouvelle appellation à partir de Ombres, parce que dans l’avenir cette culture sera commune à d’autres séides de nature spectrale, comme les spectres des Marais de la Mort.
Quoiqu’il en soit, revenons au sujet qui nous occupe – la résistance. N’allez pas croire qu’il s’agit seulement d’un handicap pour le joueur des Peuples Libres. Plusieurs nouvelles cartes de cette série vous récompensent pour avoir retiré des points fardeaux de votre Porteur d’anneau. Par exemple :


Il s’agit d’un nouvel événement de combat conçu principalement pour une stratégie centrée sur les Hobbits. Ces derniers ont la plus forte résistance de toutes les cultures des Peuples Libres, vous permettant de recevoir quelques points fardeaux, tout en maintenant encore leur résistance au-dessus de 7. Sauf si vous n’avez pas de point fardeau du tout, alors Gandalf, Guide de la Compagnie, vous vaudra lui aussi un bonus de +1 en force grâce à ce nouvel événement.
Élargir le rôle de la résistance dans cette voie va ouvrir de nombreuses possibilités de création de cartes. Jusqu’à présent, il y avait principalement quatre niveaux auxquels les points fardeaux avaient une influence dans le jeu. Aux extrêmes, il y avait les niveaux 10 points et pas de point, où respectivement soit les joueurs tentaient la victoire par corruption, soit ignoraient totalement les fardeaux. Entre les deux, et se produisant bien moins que les deux autres catégories, il y avait les niveaux 2 points et 5 points, étapes importantes où certaines cartes puissantes comme Lances Orientales ou Úlairë Enquëa, Lieutenant de Morgul entrent en jeu. La résistance va nous permettre d’explorer toutes les autres possibilités comprises entre ces quatre plateaux.
Vous devez vous demander si nous n’aurions pas pu faire cela simplement en comptant les points fardeaux et en choisissant des valeurs autres que 2 et 5. C’est possible, mais en affectant les compagnons eux-mêmes d’une valeur de résistance, nous nous sommes dotés d’un instrument plus précis pour contre balancer leur force. Les Hobbits, par exemple, ne sont pas puissants, mais ils ont une grande résistance. Les Hommes vous aideront à gagner plus de combats, mais porter avec eux le poids d’une stratégie de l’Ombre axé sur la résistance va commencer rapidement à influer sur eux. Nous pouvons également, sur des personnages particuliers, monter ou descendre un peu leur degré de résistance afin, soit d’exprimer un aspect de l’histoire, soit de contre balancer la force de leur texte de jeu.
Avoir donné à la résistance une valeur à part nous permet également de créer une carte comme celle-ci :


Cette situation (élément de la nouvelle culture Ourouk Haï) permet à un joueur de l’Ombre de s’en prendre à un personnage particulier afin d’activer ses cartes ayant besoin d’une faible résistance. Mais contrairement aux points fardeaux, il s’agit d’une contrainte moins durable pour une compagnie. En plus du fait que ce soit une situation (et donc qui peut probablement se retirer plus facilement qu’un point fardeau), elle va aussi disparaître si le détenteur est tué. Le joueur de l’Ombre devra alors se trouver une nouvelle cible pour que ses cartes « à faible résistance » fonctionnent à nouveau. Des cartes comme celle-ci apportent une plus grande finesse de détails dans la mise au point que les « plateaux » d’avant. ( Et bien entendu, il y aura également des cartes des Peuples Libres qui fonctionneront à l’opposé pour la compagnie.)
Maintenant j’imagine que vous avez sûrement en tête une grande question, et je vous trouve bien patients d’avoir attendu si longtemps pour me la poser : Que se passe-t-il pour les personnages des Peuples Libres parus avant Ombres ? Est-ce qu’ils vont simplement perdre tout cela ? Est-ce que des cartes comme l’Archer de l’Harad vont alors en être bénéficiaires ?
En un mot : non. Dès l’instant où nous avons travaillé sur le mécanisme de la résistance, nous savions que nous aurions quelque chose à faire pour rétro-adapter toutes les cartes existantes. Nous y parvenons par cette simple règle :
Si un compagnon n’a pas de résistance imprimée sur la carte, elle est de 6.
Nous avons beaucoup joué autour de cette valeur lors de nos tests, afin de trouver le juste milieu. D’un côté, nous ne voulions pas handicaper les anciennes cartes avec une résistance ridiculement faible. Mais d’un autre côté, nous voulions vraiment que la résistance soit source de nouveaux développements dans la réalisation d’un deck, et non pas qu’elle se dissolve tout simplement dans ce qui existait déjà. L’équilibre entre ces objectifs s’avère être 6.
Nous avons sans doute été quelque peu gêné que la nature de mécanique de précision qu’a la résistance dans Ombres soit si maltraitée par cette règle. Légitimement, de nombreuses cartes des blocs anciens (les Hobbits en particulier) auraient dû avoir une résistance supérieure à 6. En outre, quelques-autres auraient dû en avoir une plus basse. Mais, la nécessité que la conversion soit simple fut de loin plus important que toutes ces considérations – il n’était pas question pour nous que les joueurs aient à consulter une sorte de « table des résistances » pour pouvoir faire une partie.
Donc, les anciens compagnons ont une résistance de 6. De même les alliés ont une résistance de zéro. La plupart des nouvelles cartes de Ombres ne s’intéressent qu’à la résistance des compagnons, mais quelques-unes font référence aux personnages des Peuples Libres en général, et c’est vrai, ici les alliés ont été intentionnellement destinés à être un handicap. ( Les alliés sont excellents dans plein d’autres domaines.)
Enfin, il y a Sam. Cher Sam. Il est un peu maltraité ici, j’en conviens. Il a une résistance de 5 dans toutes ses précédentes incarnations, parce que c’est ce qui est marqué sur les cartes. Bien trop bas pour un Hobbit, et malheureusement en dessous de ce qu’il aurait eu par défaut si sa carte ne mentionnait rien. D’un autre côté, les futures versions de Sam, bien que mieux pourvues en résistance, n’auront plus systématiquement la capacité à devenir le Porteur de l’Anneau si Frodon meurt. Ce qui signifie que même avec une résistance de 5 seulement, les Sams d’avant Ombres auront une puissante compétence de jeu à offrir en retour.
Et maintenant, vous êtes prêts pour “rejoindre la résistance” et explorer cette nouvelle voie des interactions du JCC Le seigneur Des Anneaux.
29 septembre 2004