Le Métagame !

ou comment utiliser Grima et ses pairs

 


“Le méta devrait être Ourouk bomb, Moria et Dun, combinés avec Gondor la plupart du temps. Viendront ensuite le Rohan, Gandalf, ou les elfes. Peut-être même les hobbits…Alors que jouer ? ” Cette phrase, issue d’un article de Decktech (voir encadré), résume bien le fait que tout tournoi se prépare, et que prévoir les jeux du moment peut être délicat. Afin d’y voir plus clair et pour ce premier article sur le jeu de cartes du Seigneur des Anneaux (SdA), nous allons donc nous pencher sur une réponse possible : le métagame.

 

Métagamer, cékoidon ?

Le Métagame, que nous utilisons tel quel en français (donnant des néologismes comme le verbe métagamer, ou le nom métagameur), “c’est le jeu dans le jeu” — ainsi le définissait Richard Garfield, l’inventeur de Magic.

Le déroulement de la partie, c’est le jeu, il s’agit d’utiliser au mieux les cartes dont vous disposez, et de développer votre tactique pour gagner la partie. Le métagame, c’est construire son paquet en tenant compte de ce que l’adversaire pourra déployer de son côté. C’est penser une stratégie qui permettra de contrer ses adversaires et d’anticiper toutes les situations qui pourront se produire. Il s’agit là d’une réflexion beaucoup plus empirique, vous ne devez plus construire un paquet qui tourne, mais une stratégie qui tournera quel que sera “l’ennemi”, tout en sachant que l’environnement du jeu pratiqué évolue en permanence (nouvelle extension, mode,...).

Le métagame existe pour tous les jeux de cartes, surtout s’ils donnent lieu à des tournois, mais le Jeu de Cartes du Seigneur des Anneaux s’y prête tout particulièrement, de par sa structure de cultures.

Nous allons maintenant tenter de vous donner quelques conseils qui vous permettront d’envisager non plus le jeu seul, mais de prendre en compte les paramètres du Métagame.

 

La pêche aux infos…

Pour connaître le méta d’un futur tournoi, pas de secrets : il faut s’investir et consacrer du temps à la “ pêche ” aux informations concernant les jeux du moment. Pour les tournois locaux, pas de problèmes majeurs : il suffit souvent de tendre l’oreille ou de discuter avec les joueurs, d’étudier leurs styles de jeux ou leurs decks fétiches, avec lesquels ils enregistrent les meilleures performances. Il y a de fortes chances qu’eux-mêmes ou d’autres jouent des decks similaires lors de tournois suivants ! Dans le même ordre d’idées, écouter leurs réactions face à certaines cartes : “ Des Dissimulations ? jamais je ne jouerai ça, ç’est pour les lâches ! ” ou “Grima ? Dans toutes les bonnes crémeries !”. Même un simple entraînement “ amical ”, quelques jours avant le tournoi peut aussi donner de bonnes indications. Certains prennent même des notes pendant les tournois.

Pour les événements plus lointains ou importants, où les joueurs viendront de régions ou même de pays distincts, métagamer peut nécessiter plus de recherches : savoir ce que jouent habituellement les joueurs de chacune de ces régions peut être difficile, et les joueurs les plus motivés pour gagner les tournois seront bien sûrs les moins loquaces. L’Internet s’avère alors être un précieux atout. Les sites webs (voir encadré), forums, chats, regorgent de rapports de tournois, contenant les noms des joueurs vedettes, leurs façons de jouer et les listes des jeux employés pour gagner. Des descriptions des archétypes de jeux rencontrés (Gandalf/ Trust Me/Ent, Denial, archerie intensive, dégâts directs, rôdeurs/elfes, etc…) sont souvent présentes, ainsi que les différentes faiblesses des decks et les parades appropriées. Etablir ou garder des contacts par emails avec des joueurs lointains à la suite d’un tournoi peut aussi aider lors de tournois ultérieurs du même acabit.

 

Anticipez !

Une fois les informations collectées sur les jeux favoris, il faut aussi deviner correctement le métagame. Il peut s’agir d’instinct, de la bonne vieille  “ boule de cristal ”, ou tout simplement de déduction. La plupart du temps, être attentif à la “ tournament scène ”, tout ce qui gravite autour du jeu organisé, est utile. Un tournoi important a été remporté par un jeu Cor de Boromir / Dun aux Etats-Unis ? Alors, il y a de fortes chances, malgré la distance, que le jeu gagnant soit copié et réutilisé tel quel, en France, dans d’autres tournois. Une extension sort, mettant fin aux jeux “ Essaims d’Ourouks ”, type de jeu adulé des joueurs où l’on pose un maximum d’ourouks au site 5 ? Alors, il y a de fortes probabilités que, lors du dernier tournoi précédant la sortie de l’extension, les joueurs jouent pour la dernière fois ce type de jeu “ condamné ” . Inversement, une extension comporte de nombreuses cartes favorisant le Rohan ? Alors, prévoir l’arrivée massive de cette culture en tournois ne paraît pas insensé.

 

Construire le deck ultime

Une fois que l’on pense avoir deviné le méta, il faut finaliser son jeu. “ Finaliser ”, car il est rare de baser un jeu uniquement sur le méta. La plupart du temps, on construira son jeu normalement, et on ne considérera le méta qu’à la fin, lors des dernières modifications. Il faut donc doser la part des cartes liées au méta dans son deck. Ce savant dosage dépend des proportions prévues des decks attendus et de leurs dangerosités au vu du jeu que l’on souhaite prendre. En fonction de cela, on prendra des cartes plus ou moins spécifiques. Les jeux Isengard semblent dangereux ? Alors on choisira de jouer par exemple des “ Défendons-le et Espérons ”, utilisables contre toutes les cultures de séïdes, ou de “ Création Infecte ”, plus radicales, mais aussi plus spécifiques. Les nazguls posent problème ? Alors, au pire, on mettra des “ Ils ne sont pas à craindre au soleil ”…Il n’existe cependant pas de règle absolue pour doser le nombre de cartes méta. Seul l’entraînement peut aider.

Alors, méta or not méta ?

Si bien métagamer est un art, métagamer, c’est aussi savoir prendre des risques : une mauvaise analyse du méta peut dénaturer ou alourdir un jeu et aussi coûter des parties ! Ainsi, ne pas avoir prévu d’ “Assassin de la tour ”, alors que tous les adversaires jouent le “Cor de Boromir” et des alliés peut être suicidaire. C’est pourquoi, s’il ne faut pas ignorer le méta, il ne faut pas non plus tout baser sur celui-ci. C’est vous qui voyez…

 

Marc ‘Witch-King’ Théry,

Rider of Rohan.