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Le Cycle des Clans 10 : Giovanni (premier chapitre)

DIMANCHE 20 JUIN 1999, 01 : 50
NIGHTCLUB "LE FAUST"
MANHATTAN, NEW YORK

"C'est combien l'entrée ?" Julie gardait une main au fond de son pantalon Oleg Cassini.
"Pour toi ?" Tony, le videur, lui lança un regard chargé d'indifférence. "Vingt dollars."
Julie observa la file de personnes qui faisaient la queue devant lui. Il releva ses lunettes sur son nez et cacha son visage derrière le col de son manteau, car la nuit était humide, voire un peu froide. Le souffle de l'homme s'élevait autour de lui en d'éphémères volutes de vapeur blanche.
"Tu sais, j'aime pas vraiment attendre comme un mouton,"dit Julie
"C'est marrant parce que, tu vois tous ces gens, je suis sûr qu'ils adorent, eux." répondit Tony en montrant la foule patientant devant la porte.
Ce salopard fait dans l'ironie, mais on lui a sans doute déjà servi ce genre de discours.
"Excuse-moi, je ne t'ai pas bien entendu. Combien coûte l'entrée ? Cinquante dollars ?"Julie dégagea un billet d'une liasse sans avoir à sortir sa main de sa poche. Il n'était pas sage de procéder ainsi de façon trop voyante devant les autres ploucs.
"C'est bien ça," répondit Tony quand il s'aperçut qu'il n'avait pas affaire à du menu fretin. "Tu peux laisser ton manteau à l'hôtesse." Le videur prit le billet de cinquante et ouvrit la porte, qui laissa se déverser un chœur de basses se déchaînant à près de 150 pulsations par minute.
Dans la queue, une fille se mit à protester, mais Julie était déjà entrée avant d'entendre ce qu'elle allait dire. Caressant la protubérance qu'engendrait sur sa poche son portefeuille - qui ne contenait que des faux papiers - Julie ôta son manteau et le tendit à l'hôtesse, qui l'accepta avec un sourire et tendit un ticket - le numéro 231 - au nouveau venu avant de lui faire un clin d'œil. Julie lui souffla un baiser et se faufila vers le bar.
"Une vodka orange,"cria-t-il au barman, en espérant avoir réussi à dominer le vacarme.
Le beau monde était de sortie ce soir : des mômes habitués de la boîte, des types tournant aux amphets, des drag queens particulièrement spectaculaires et d'autres membres du gratin qui avaient investi la piste de danse ou les cabines sur la mezzanine.
Bingo. Julie venait de repérer sa proie.
"Et, le type aux lunettes de soleil, tu m'as pas entendu ? J'ai dit, sept dollars." éructa le barman. Julie lui lança un billet de dix, prit son verre et se dirigea vers l'arrière de la salle en ébullition.
Frankie était assis à une table derrière la piste, Julie devait donc le dépasser pour accéder aux toilettes. Il leva les yeux vers la cabine du DJ où un duo d'androgynes aux chemises étincelantes se dandinait d'avant en arrière, des écouteurs plaqués sur leurs oreilles et les mains tordant les boutons de leur table de mixage. À cet endroit, l'atmosphère était lourde de fumée de cigarette, de vapeurs d'alcool et de rythmes de basse, et cela faisait de l'oxygène une denrée rare et précieuse.
Son verre à la main, Julie se fraya un chemin jusqu'au bout de la rangée de cabines et jusqu'aux toilettes. La première cabine était occupée ; le jour ménagé en bas de la porte laissait entrevoir les tibias et les genoux d'une femme face aux chaussures d'un homme. Il eut plus de chance avec la seconde, libre de tout occupant. Deux jeunes en pantalons trop larges pour eux se tenaient debout face aux urinoirs.
"J'peux vous aider, m'sieur ?" demanda l'employé chargé de la surveillance des toilettes, un Mexicain ou un Portoricain dont la peau n'était que rides.
"Je crois que j'ai oublié mon chapeau hier soir."
"AH, oui. Je l'ai, m'sieur."
Il ouvrit le placard sous l'évier et en sortit une casquette de base-ball aux couleurs des Yankees de New York et contenant un paquet enveloppé de papier kraft et soigneusement ficelé. Julie lui donna un billet de vingt dollars. L'homme le regarda en souriant puis frotta le bout de son nez avec le pouce, montrant ainsi qu'il croyait deviner la nature du contenu - mais il se trompait. Les verres teintés de Julie dissimulèrent son dégoût.
Il se réfugia dans les toilettes libres et ferma la porte sans accorder la moindre attention aux gémissements s'élevant de la cabine à côté de la sienne. Jetant la casquette sur le carrelage, il déchira le paquet dont les fragments tombèrent tout autour de lui. Il saisit le pistolet et le cala entre sa ceinture et son dos non sans s'être assuré que sa veste légère dissimulait convenablement la protubérance provoquée par cette arme. Pour donner le change à l'employé, il inhala bruyamment à quatre ou cinq reprises. Qu'il continue à penser que je me shoote à la coke, ou une daube dans le même genre.

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