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Voir aussi : profil du mange-mémoire
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J'ai oublié de vivre : l'écologie du mange-mémoire
Par Stéphane Mayor
Il est des morts qui ne parviennent pas à quitter le monde des vivants. C'est le cas du mange-mémoire, que les érudits surnomment le biographe cannibale... Si vous ne connaissez pas cette créature, ne lisez les notes de bas de page qu'à votre deuxième lecture, votre découverte n'en sera que plus intéressante.
Le froid. La nuit. La souffrance. Telles furent les deux sensations qui
submergèrent l'homme à son réveil. Il se trouvait
dans un sous-bois humide et sombre. Le jour touchait à sa fin.
Il était étendu par terre, gisant au fond d'une combe glaciale.
Il ne se rappelait plus très bien ce qui lui était advenu.
Il se vit marchant dans la forêt, coupant du bois pour l'hiver qui
s'annonçait. Le soleil était au rendez-vous. C'était
une agréable journée en somme. Il avait trouvé un
bon endroit, plein de jeunes noyers. Il faisait un peu sombre ici mais
il pouvait quand même y voir un peu. Il se souvint d'avoir entendu
quelqu'un approcher. Se retournant, il vit un homme de grande taille,
d'une extrême maigreur et avec un visage effrayant. L'homme attaque
en hurlant sans raison apparente. Il reçut un violent coup puis
plus rien jusqu'à ce qu'il se réveille ici. "Mal !
Arrrgh !" hurla-t-il. Il avait des difficultés à formuler
une phrase. Il ne comprenait rien de ce qui lui arrivait. Sa mémoire
était comme un trou noir.
D'apaisants souvenirs
Puis tout d'un coup, du plus profond de son esprit vide, il vit surgir
l'image d'un doux visage. Une femme. La sienne ? Il n'en était
pas certain mais il le croyait. Il fallait qu'il retourne chez lui (1).
C'était sa maison. Il en avait besoin. Mais comment la retrouver
? Impossible de se rappeler exactement où elle se trouvait. Il
se leva péniblement. Il sortit de la combe et avança en
claudiquant dans la forêt. Son bras droit lui faisait horriblement
mal et sa hanche était en piteux état également.
Tout cela le rendait furieux. Il avait vraiment envie de retrouver celui
qui lui avait fait ça. Mais il voulait également rentrer
chez lui. Il avançait péniblement tout en étant tiraillé
par ces intentions contraires lorsqu'il parvint au bosquet de jeunes noyers.
Là il remarqua sa hache tombée au sol. Il se jeta dessus
avec avidité (2). Il lui
fallait cette hache. C'était la sienne. Il était bûcheron
n'est-ce pas ? Oui c'est ça bûcheron ! Il s'en souvenait
à présent.
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1 : À son réveil, le mange-mémoire
ne se rappelle qu'en partie des circonstances de sa mort. Il n'a d'ailleurs
aucunement conscience d'être décédé et pensera par
exemple qu'il a subi un traumatisme quelconque qui l'a plongé dans
l'inconscience. Il est inutile de préciser qu'il ne comprend absolument
pas qu'il est un mort-vivant . Il conserve quelques bribes de sa vie passée.
Il s'attachera notamment très fortement à rentrer chez lui
retrouver ses proches. Cela deviendra une obsession qui gagnera constamment
en intensité chez lui.
2 : Son désir de se rapprocher de toute ce qui
a trait à sa vie antérieure ne s'exprime pas uniquement
envers ses proches mais également envers tout ce qui peut lui rappeler
sa vie passée.
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